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Les programmes de rééducation au quotidien

Urgence
Yémen

Maud Bellon, chef de mission pour HI au Yémen nous décrit la situation à Sana’a, où l’association est basée et mène ses opérations humanitaires.

Séances de rééducation en mai 2018 dans un hôpital soutenu Par HI

Séances de rééducation en mai 2018 dans un hôpital soutenu Par HI | © Peter Biro / ECHO

Lundi 26 novembre

Nous avons accueilli une nouvelle patiente au centre de rééducation aujourd’hui : Ferial est une jeune femme de 25 ans. Elle a reçu des éclats de bombe dans la jambe droite lors d’un bombardement il y a trois ans. Ils ont touché le nerf engendrant une paralysie. Elle a besoin d’une orthèse pour marcher.

Elle a également besoin de soutien psychologique : son mariage a été annulé suite à son accident. Elle se retrouve sans travail et souffre des remarques régulières de son entourage sur sa claudication. La psychologue de HI, Hilam, a décidé de la voir régulièrement en entretien pour lui redonner confiance en elle.

Jeudi  22 novembre

Le kinésithérapeute Ayman et la psychologue Hilam sont retournés au centre de rééducation de Sana’a ce matin. Ils ont examiné 3 patients et reçu Hussein pour la deuxième fois : Hussein a 23 ans. Il a été amputé en dessous du genou après avoir sauté sur une mine. Il était venu au centre il y a trois semaines mais c’était trop tôt pour porter une prothèse car son moignon n’était pas cicatrisé. On lui avait appris comment libérer le pus et nettoyer sa plaie. Lors de ce premier contact, on avait pris toutes les informations pratiques nécessaires : nom, âge, adresse… Il fallait également bien comprendre son type de blessure et son état psychologique : arrive-t-il à dormir ? A-t-il de de l’appétit ? A-t-il des angoisses ? A-t-il un comportement agressif ? C’est important à savoir pour s’assurer que le patient sera bien réceptif aux soins.

Aujourd’hui, après auscultation, Ayman a considéré qu’Hussein pouvait recevoir une prothèse. Son moignon est sain. Les suintements ont disparu. Il est capable de se tenir en équilibre sur une jambe... Ce sont des critères de ce genre qui permettent de dire si on peut munir un patient d’une prothèse où s’il faut encore attendre un peu… On a donc pris les mesures, fait un moulage et dans 5 jours il aura une prothèse à sa taille. On pourra commencer les exercices pour lui apprendre à s’en servir.

Jeudi 15 novembre

Aujourd’hui, le kinésithérapeute Aiman et la travailleuse psycho-sociale Sana sont allés au centre de réadaptation de la ville. Ils ont rencontré une quinzaine de patients qui sont appareillés ou qui vont l’être par le centre pour un check-up et des exercices.

Ils ont surtout passé du temps avec Afraq, une nouvelle patiente : Afraq a 12 ans. Elle habite à la campagne. Il y a 3 mois, elle a marché sur une mine alors qu’elle ramassait du bois pour cuisiner le dîner. Elle a dû être amputée d’urgence.

Maintenant, elle peut recevoir une prothèse. Son moignon est sain, il est suffisamment musclé. Il est bien cicatrisé et ne suinte pas. Aujourd’hui, nous avons pris des mesures et fait un moulage pour que le centre fabrique sa première prothèse. Nous couvrons les frais. Je dis « première » prothèse car en grandissant, il faudra qu’elle en change régulièrement…

En attendant, la semaine dernière, on a remplacé les béquilles axillaires (qu’on met sous les aisselles) que l’hôpital lui avait fournies par des cannes anglaises (avec des coudes et des poignées) qui permettent d’avoir une meilleure mobilité. Elle a ainsi une posture moins figée et une meilleure maniabilité. Elle peut se déplacer plus facilement et plus rapidement.

Sana lui apporte une aide psychologique essentielle. Une amputation, ça provoque un choc ! Afraq a perdu confiance en elle. Il faut la rassurer sur le fait qu’avec une prothèse elle pourra continuer à avoir une vie normale et à jouer avec ses amies comme toute petite fille de son âge… Elle ne doit pas avoir peur de courir, par exemple.

Une fois que sa prothèse sera fabriquée, nous commencerons les exercices pour lui apprendre comment l’utiliser, la chausser, se déplacer. Cela se fera en une dizaine de séances de 30 minutes étalées sur plusieurs jours.

Lundi 12 novembre

La situation sécuritaire est assez calme en ce moment à Sana’a. Cela fait quelques semaines qu’il n’y a presque plus de bombardements. Nous nous retrouvons au bureau le matin à 8 heures.

Les équipes partent ensuite dans les 8 hôpitaux et centres de rééducation où nous travaillons. C’est entre 20 minutes et une heure de route du bureau, selon le lieu. Ce sont des équipes de 2 à 8 personnes en fonction des besoins qui comprennent kinésithérapeutes et travailleurs psycho-sociaux… Elles y passent la journée et reviennent à 15 heures.

Elles mènent des séances de rééducation avec les blessées et des sessions de soutien psychologique. Elles accompagnent également les kinésithérapeutes de ces structures de santé et forment infirmières et médecins à la rééducation, en les formant aux bons gestes médicaux, et à l’utilisation du matériel…

Le travail est vraiment rythmé par des vagues de blessés quand il y a des combats et des violences. Nous pouvons nous retrouver face à un afflux important et soudain de patients… De plus, à Sana’a, nous nous trouvons dans une zone montagneuse traversée de déserts médicaux. Les gens peuvent venir de très loin pour recevoir des soins. L’absence de services (médicaux, sociaux, etc.) touchent de nombreuses zones au Yémen…

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